Lettre d’un médecin à M. François Hollande

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Monsieur le Président de la République,

Je vous écris pour solliciter votre avis et obtenir le conseil autorisé et sage du plus haut responsable que vous incarnez, car je suis aujourd’hui extrêmement inquiet quant à mon avenir et celui de ma famille, cliquez aussi sur cette page.
Mon activité professionnelle, en exercice libéral, dans un domaine où « il y aura toujours du travail », m’assure – c’est une chance – une activité sûre et intense chaque jour.
Je suis au service de ceux qui sont en souffrance, physique et morale.
Mes journées de travail interminables de près de 14 h passées à mon bureau, ne me permettent jamais de voir mes deux enfants au-delà du temps précipité que je passe le matin à les habiller et les déposer à l’école.
J’aperçois parfois mon épouse le soir quand elle a eu le courage de « m’attendre » ; puis je continue de travailler au moins 2 h le soir et de nombreuses heures encore chaque dimanche pour réaliser les tâches administratives asphyxiantes liées à mon exercice et pour répondre aux sollicitations incessantes de ma clientèle.

Cette clientèle porte bien son nom de « patientèle », car pour faire face à la pénurie effrayante de professionnels dans mon secteur d’activité, elle doit attendre près de trois semaines pour obtenir un RDV avec moi, lorsque la situation n’est pas urgente.
Lorsqu’elle l’est, ce sont ces urgences qui me font quitter tous les soirs mon bureau vers 22 h.
Le travail ne manque donc pas. De là vient le problème que je souhaite vous exposer.
Mon chiffre d’affaires est de ce fait conséquent. Cependant, loin de provenir de toute spéculation ou autre « bon coup » financier, celui-ci n’est que le seul fruit de mon travail acte par acte (chacun rémunéré à un tarif conventionné par l’administration publique), geste par geste, « à la sueur de mon front », à la sueur de mon raisonnement, de chacune de mes décisions, du temps passé à écouter chacun de ceux qui ont eu besoin de moi.
Je n’ai jamais prétendu vouloir faire pareil chiffre, mais c’est le contraste effrayant entre la demande de la population sans cesse croissante et la pénurie de professionnels qui aboutit inévitablement et malgré moi à celui-ci.
Cependant l’Etat, dont vous êtes le Chef, semble juger que pareil chiffre d’affaires n’est ni mérité, ni digne, ni justifié, puisque outre le temps passé à l’écoute de la détresse des autres, le temps passé à trouver la réponse à cette détresse, ma contribution personnelle à aider ceux qui sont dans le besoin s’associe à des prélèvements obligatoires et prévisionnels actuellement à hauteur de plus de 80 % de ce chiffre d’affaires.
La part restante me permet, certes, d’abriter ma famille (sous le toit d’un modeste pavillon de 80 m² au sein d’un lotissement bien impersonnel, pour lequel je me suis endetté pour vingt ans ; je n’y vois donc là, a priori, aucune folie budgétaire exagérément ambitieuse de ma part) et heureusement de pouvoir nourrir, habiller et scolariser mes enfants.
Une fois ceci fait, je n’ai plus aucune réserve et ne fais donc pas la moindre économie.
Je pars en vacance, sans solde, jamais plus de trois semaines l’été et ne m’autorise que quelques jours à Noël, car l’ensemble de mes charges fiscales et sociales n’arrêtent jamais la moindre semaine de l’année d’être prélevées.
Je suis obligé chaque année de travailler plus et plus encore – à me demander comment il va devenir possible de travailler encore davantage ? – pour pouvoir m’affranchir des charges appelées. Mais le cercle est vicieux et je suis désormais prisonnier de cette spirale infernale et destructrice.
Heureusement que ma jeunesse m’offre une santé à toute épreuve, car considéré comme un nanti aux yeux de l’Etat, l’Assurance Maladie ne me versera des indemnités journalières, si je suis malade et contraint d’interrompre mon activité, qu’au bout de 90 jours.
Réalisez-vous…?
90 jours sans activité professionnelle, à surmonter la maladie, pendant lesquels je ne percevrai plus le moindre centime, mais pendant lesquels je tenterai de préserver ma famille une fois après avoir du régler l’ensemble de mes charges.
Chaque fois que je ne suis pas « suffisamment malade » pour devoir m’arrêter de travailler 90 jours consécutifs, il en va bien sûr de même ; mais heureusement, la maladie n’en serait que « modeste » car en-deçà de ces 90 jours d’arrêt nécessaire…
Pour mémoire, l’Assurance Maladie considère que 45 jours d’arrêt de travail peuvent suffire, dans les suites d’une chirurgie cardiaque pour pontage coronarien après infarctus du myocarde, pour un travailleur sédentaire comme moi ; donc si pareille épreuve m’arrivait, je ne coûterais pas un centime d’indemnité journalière aux fonds publics, soyez rassuré !
Je m’interroge alors sur l’intérêt de continuer à sacrifier ainsi ma vie de famille, de renoncer à tout autre centre d’intérêt, de mettre en péril ma propre santé, de tout donner pour aider les autres et ensuite rendre à l’Etat ce qu’il me reste.
A quoi bon « travailler pour zéro », outre la gratification – certes flatteuse et honorifique – d’avoir aidé les nécessitants venus me consulter ?
J’ai fait plus de douze années d’études et de formations complémentaires.
Je n’ai commencé à être correctement rémunéré pour mon travail qu’à l’âge de 32 ans, après des années de services rendus au secteur public.
Aujourd’hui à 39 ans, je n’ai pu réaliser aucune économie ni rien mettre de côté.
L’exacerbation de mes charges et prélèvements obligatoires me préoccupe, m’inquiète, et me fait appréhender l’avenir avec beaucoup de peur quant à ce que je vais pouvoir offrir à mes enfants.
Je suis proche du désarroi, mêlé à l’incompréhension du mal que je semble commettre, tant la peine qui m’est infligée est sévère et acharnée.
Je suis désespéré et financièrement profondément préoccupé.
Je suis étouffé et proche de ne plus pouvoir payer ce que me réclame une fiscalité asphyxiante et ainsi odieuse.
Je suis médecin.
Monsieur Le Président de la République : en quoi fais-je tant de mal au quotidien pour mériter cela ?
Votre sagesse et votre sens responsable, « en bon père de famille » à la tête de notre Etat, font de vous la seule personne à pouvoir répondre à tant de pessimisme qu’est le mien.

Vous remerciant sincèrement par avance de l’attention que vous porterez à mon interrogation et des éléments de réflexion que vous m’apporterez,

Soyez assuré, Monsieur le Président de la République, de ma plus haute considération et de mes intentions les plus respectueuses.

Dr Frédéric ZBAR, Cormeilles en Parisis

PS : sachez par ailleurs que je vous reste sincèrement dévoué pour venir participer à toute sorte de réunion ou autre commission, afin de continuer à vous expliquer davantage pourquoi les jeunes médecins sont totalement démotivés et effrayés à l’idée de « s’installer », pourquoi la plupart de nos Pères restent sans successeur lorsqu’arrive le temps de leur retraite tant méritée, pourquoi ces déserts médicaux ne vont que continuer de s’étendre pour finir, inéluctablement un jour, par confluer sur l’ensemble du territoire national.
Les discours politiques actuels et autre projet de loi de santé sont, malheureusement, désespérément, des paroles techniques bien loin de notre souffrance quotidienne sur le terrain.

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