Membres ou sympathisants UFML L’INPES invente l’eau tiède

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par le docteur laeti, MG

drlaeti

Tous les généralistes ont reçu, ou vont recevoir, ce document de l’INPES : pharmacol-fr

Six pages de papier glacé pour bien nous expliquer, à nous, généralistes, que les conditions sociales d’une personne influent sur sa santé.

Le Scoop.

Je suis atterrée.

Comment peuvent-ils imaginer nous apprendre une telle évidence ? D’où ont-ils tiré ces chiffres et ces constats si ce n’est de l’observation des cabinets de MG ? Cela signifierait que la source de l’information n’est pas au courant qu’elle la détient ? Fascinant concept.

J’imagine que cela doit valoir le coup de théoriser, s’ils le font. J’imagine qu’il a dû y avoir un tas de réunions pour en arriver à un si joli papier. Détaillons le.

D’abord ils dressent un état des lieux. Des chiffres, des courbes et des schémas, mais pas trop, pour que ça reste joli. Je ne reviens pas sur la véracité de ces chiffres (il paraitrait même qu’ils viennent d’une thèse de MG), mais j’aime bien la petite remarque sur les « conseils pour l’activité physique » que nous délivrerions plus aux CSP élevées. Je me contente d’être dépitée, puisque moi je n’ai aucun chiffre pour argumenter que c’est n’importe quoi. Ça vaut pas, dans les études « c’est n’importe quoi ». Passons.

Ensuite ils justifient le « pourquoi il faut s’y intéresser » et proposent au généraliste de (je cite) « mieux repérer les difficultés sociales » et même agir « en adaptant ses pratiques pour améliorer l’efficacité de ses actions ». Ils concluent « Le médecin peut ainsi éviter d’aggraver les inégalités sociales de santé, et peut-être même contribuer à les réduire. » Jusqu’ici, je ne vois toujours pas ce qu’il y a de révolutionnaire conceptuellement. Je ferme volontairement les yeux sur la discrète tentative de culpabilisation, inutile.

Tout ça pour dire que l’INPES veut nous apprendre à reconnaitre une « difficulté sociale » et que c’est très important.

Alors viennent les conseils, sous la forme d’un beau tableau récapitulatif pour montrer comment obtenir des renseignements sur la situation sociale des gens en toute discrétion et en toute bienveillance (je cite). Alors là… Je ne comprends plus…

Réaliser que les inégalités sociales créent des inégalités de santé c’est très bien, mais pour en faire QUOI, et pour prévenir QUI ? Avons-nous attendu ce papier pour SAVOIR ?

Je leur rappelle, à ces bons messieurs-dames que les patients, nos patients, nous les connaissons. Et quand je dis nous les connaissons, c’est-à-dire que nous pouvons plus ou moins TOUT savoir d’eux. Les étapes heureuses ou malheureuses de la vie, les difficultés ponctuelles, les petites victoires, les problèmes de couple ou de travail, les embrouilles de famille ou de voisinage. Pour certains, nous entrons même chez eux. Nous les touchons. Nous les écoutons. Nous savons tout ce qu’ils veulent bien nous montrer, avec ou sans mots d’ailleurs, parfois plus que nécessaire, ou même inattendu. Avons-nous vraiment besoin d’un TABLEAU pour nous rappeler que quelqu’un qui ne rédige pas son chèque (« remplissez le Docteur ») est illettré ? Pour nous expliquer que si quelqu’un ne parle pas bien la langue il risque de ne pas bien prendre les médicaments ? Pour nous faire réaliser que si quelqu’un nous demande de poser le chèque à la fin du mois c’est qu’il a probablement des soucis d’argent ?

NOUS PRENNENT ILS POUR DES IMBECILES ?

Chacun de ceux qui ont reçu ce merveilleux document aurait pu le REDIGER lui-même, alors pourquoi veulent-ils nous le faire lire ?

Nous continuerons à faire comme nous faisons, avec les moyens que nous avons, et ceux qu’on ne nous donne pas. Premier recours, dernier recours, toujours.

Ce papier est insultant, et déplacé. Ils ne nous connaissent pas, et ne savent pas à quel point nous « compensons » déjà. Il n’est pas adressé aux bonnes personnes.

Ce papier ne changera rien posé sur mon bureau. Ca ne rendra pas le nutritionniste ou le psychologue remboursé par la sécurité sociale. Ca ne fera pas aller les gens modestes plus souvent chez le dentiste. Ca ne fera pas pousser des interprètes dans nos consultations. Ça ne changera pas les conditions de travail ou de logement.

Ce papier est seulement consternant d’ignorance de notre métier. Mais je suis ravie qu’à part nous, il y ait une instance qui s’en rende compte. Maintenant, qu’ils fassent ce qu’ils veulent de ce concentré d’évidences : qu’ils le mangent, en fassent des confettis, ou qu’ils l’utilisent AILLEURS pour améliorer la mission que nous assumons déjà avec engagement et créativité. Tiens c’est une idée, ça : le diffuser à d’autres (élus par exemple ?). C’est amusant mais je n’y crois pas du tout, vu qu’ils partent du principe qu’ils nous apprennent la vie et que nous devrions être encore plus responsables de tout ce qui n’est justement pas de notre ressort.

Bien bien.

J’entends ce qu’ils pensent de nous, j’en prends bonne note, et leur renvoie leur respect. Quand l’institut national de Prévention (pesons bien ce mot : pré-ven-tion) a autant de trains de retard, je suis bien contente de l’indépendance de mes initiatives. Autrement dit : je continuerai à faire ce que je veux, et qu’ils se les gardent leurs leçons à deux balles, non mais sérieux.

Attention Spoil : Au prochain épisode l’INPES découvre l’obésité et conseille aux généralistes de se doter d’une balance. Je trépigne d’impatience. Je ne manquerai pas de vous tenir informés.

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